Guerre en Ukraine: une famille réfugiée à Clichy-sous-Bois témoigne

Oksana et son fils, Maxime, ont fui Kyiv après l’invasion russe. Ils viennent d’arriver à Clichy-sous-Bois. Témoignage exceptionnel d’une famille de réfugiés ukrainiens qui a tout laissé derrière elle.

Jeudi 14 avril, Maxime, 5 ans, a vécu son premier jour de maternelle à Clichy-sous-Bois. Oui : il est en décalage par rapport aux autres enfants. Mais, il faut dire qu’il n’est arrivé dans notre ville qu’une semaine avant cette rentrée très spéciale. Et qu’il n’est en France que depuis le 15 mars. Maxime est né à Kyiv, en Ukraine, et a fui la guerre qui a envahi son pays depuis le 24 février.

Le voyage a été « un cauchemar », se souvient Oksana, sa maman, dont les mots sont traduits par Alina, clichoise d’origine ukrainienne. Trois jours à pied pour rejoindre la Pologne. Huit heures pour passer la frontière, soit, malgré tout, bien plus rapidement que les exilés en voiture, qui mettaient souvent plusieurs jours à la franchir. Maxime se souvient des soldats ukrainiens, qui lui donnaient des bonbons aux checkpoints, pour adoucir la froideur et la frayeur de l’uniforme. Oksana évoque « la gentillesse des Polonais » et des amis de son mari qui les ont accueillis sur place pendant six jours. Quand le quotidien devient aussi violent, on se raccroche aux rares moments de douceur.

Ils sont partis très vite de Kyiv. « Personne sur place ne pensait que les Russes bombarderaient la capitale ». Le Donbass, le Lougansk, oui. Kyiv, ils n’y ont pas cru. Et puis ils en ont vite pris conscience. Les bombardements à proximité de leur maison, les sirènes incessantes, les allées et venues entre le logement et les abris. « Pourquoi je dors habillé ? », demandait Maxime. « Pourquoi on doit fuir la nuit ? » Dans un rare sourire, Oksana revoit son petit garçon tapi dans une cave remplie de betteraves qu’il disait vouloir « jeter sur les Russes pour se défendre ». Elle n’a pas tenu longtemps ce rythme infernal. Elle a fui rapidement. « Pour lui, pour le mettre en sécurité ».

En Pologne, ils sont rejoints par le papa de Maxime, Oleksandr, déjà à l’étranger pour raisons professionnelles, et par Yana, une amie ukrainienne. Tous quatre prennent alors un train vers l’Allemagne, puis la France. « On ne savait pas vraiment où on allait, confie-t-elle, on voulait juste partir loin et, connaissant Putin, la Pologne ce n’était pas assez loin ». Dans son imaginaire, la France, c’était le « meilleur pays du monde ». La gastronomie, la démocratie, notamment. Elle aurait voulu la visiter en tant que touriste ; elle y arrivera en tant que réfugiée. À Paris, ils sont accueillis par des volontaires puis, à Neuilly-sur-Marne, dans le logement d’Aurélie, qui s’était déclarée prête à recevoir des réfugiés ukrainiens sur une plateforme en ligne du collectif Asah. « Aurélie a un cœur très généreux », souligne Oksana. Grâce à sa disponibilité, ils effectuent toutes les démarches administratives en quinze jours. Elle les accompagne partout. Y compris à la Tour Eiffel, « pour leur changer les idées ».  Elle précise : « c’était facile car est une situation exceptionnelle pour eux, la préfecture a ouvert des bureaux spécifiques pour les Ukrainiens, on a pu obtenir l’autorisation provisoire de séjour en un après-midi ». D’autres n’ont pas cette « chance », même s’ils ne sont pas moins déracinés ou exilés d’un pays en guerre.

Yana, Aurélie, Oksana, Maxime et deux amies de la famille hébergées chez Aurélie et en attente d’un logement d’urgence à Bobigny.

Oksana, Oleksandr, Yana et Maxime bénéficient désormais d’un logement d’urgence dans notre ville. Ils sont très reconnaissants pour « la gentillesse et l’accueil à Clichy ». « C’était magnifique de voir le maire en personne », se souvient-elle. « Très contents d’être en sécurité » également. Mais ils ne peuvent pas « se sentir bien » en sachant leur pays en guerre. Avec leurs amis et leur famille encore sur place. « On se couche et on se réveille collés à notre portable », précise Oksana. Pour des nouvelles des proches. Des nouvelles du front également. Ils parlent de viols d’enfants sur place, « y compris de petits garçons », de filles mineures enceintes, de pénuries de tout, de gens qui ne dorment plus dans leur chambre, de massacres de populations civiles, même le long des couloirs humanitaires. « Je ne pardonnerai jamais aux Russes », s’emporte Oksana. « Lors de la guerre de 2014, on a compris qu’ils n’étaient pas nos frères. Maintenant, on comprend qu’ils ne sont même pas des êtres humains ». Pour elle, ce sont « des animaux, pas des militaires », surtout après les images et les témoignages en provenance de Boutcha. « Alors qu’ils devraient se préparer à fêter Pâques, les Ukrainiens se préparent plutôt aux attaques par armes chimiques. » Seule maigre consolation : « Putin a renforcé l’union du peuple ukrainien, car c’est le même chagrin pour tout le monde ».

Aujourd’hui, Oksana et son mari « tiennent le coup pour Maxime ». Ils se réjouissent au sujet de sa place si rapide en école maternelle. Pour Oksana, « c’est la première étape importante », pour le petit garçon d’abord, « et ça donne aussi de la liberté aux parents ». Pour l’apprentissage du français, qu’ils ont déjà entamé, et pour espérer trouver un emploi. « C’est essentiel de s’intégrer dans la société française », souligne-t-elle. Quant à savoir de quoi l’avenir sera fait, il est encore trop tôt. « Si ça s’arrange là-bas, on rentre, mais ça dépend encore de trop de choses : la durée de la guerre, leur maison sur place, leur quotidien ici… » Ils vivent « au jour le jour » pour l’instant. En attendant, ils sont impatients d’admirer les premiers dessins de Maxime à l’école maternelle. Le petit garçon appréhende beaucoup ce monde inconnu. Coincé entre deux fronts bien différents. On le voit si joyeux de montrer ses jouets donnés ici, en France. Mais il serait volontiers « prêt à les rendre, pour revoir ses copains et sa famille », restés en Ukraine.

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